Comme le whisky, le jazz fait parti de ces produits qui, ayant des origines géographiques fortement marquées, n'en n'ont pas moins fini par obtenir une connotation universelle : on fait du bon jazz et du bon whisky partout, ou presque. Ceux qui ont eu l'occasion de goûter du Suntory ou du Nikka reconnaissent qu'ils rivalisent avec les grands single-malt. Certains diront que les Japonais sont d'excellents copistes. L'histoire est plus originale que cela : il paraît que c'est un riche homme d'affaire japonais qui, en visite en Ecosse, a tout simplement ramené avec lui deux écossaises qui travaillaient dans des distilleries. Jolie fable pour montrer la mondialisation sous un visage plus sympathique et parfaite introduction pour présenter le jazz-band japonais Quasimode. Car étant donné que whisky et jazz vont de paire, les japonais, eux, se sont mis aux deux. Les young lions (nouvelles générations de jazzmen américains qui revisitent le mainstream) le savent, eux qui collectionnent les enregistrements live au pays du Soleil Levant, là-où ils réalisent sans doute le plus grand nombre de ventes. De même Elvin Jones, le batteur de Coltrane n'avait pas épousé une japonaise par hasard Mais revenons à Quasimode. Je suis tombé sur ce groupe par hasard en faisant des recherches sur la chanteuse Carmen Lundy, une diva qui est allée de la scène funk à la scène jazz et qui a enregistré deux titres sur l'album sublimement intitulé : Straight to the land of Freedom. Cet album à couper le souffle vous installe tout de suite dans le vif du sujet en enchaînant Catch the fact et The man from Nagpur. La rythmique de Quasimode est unique : on dirait qu'une locomotive propulse le groupe de morceaux en morceaux (le couple batterie, percu n'y est pas étranger). La description exacte : c'est un peu comme si on avait mélangé du hard bop et du funk, un peu comme si on avait demandé au Gap Band de jouer Red Clay de Freddie Hubbard. On n'écoute pas Quasimode assis, on reste debout avec sa pinte à la main et on secoue la tête et le bas des hanches en rythme avec sa voisine ou son voisin. Le morceau Object in the air, interprété avec Carmen Lundy est remarquable d'innovation. Time is love, toujours avec elle, est une valse swing à trois temps entrecoupée de chorus impressionnants. Un de mes morceaux préférés s'intitule "For self defense", on y retrouve tout l'art du pays des samouraïs qui s'est converti en quelques années, si ma mémoire est bonne, to The land of Freedom : une autre composition originale qui est également le titre de deux de leurs albums studio. En écoutant l'album Straight to the land of Freedom, on s'aperçoit qu'il s'agit bien plus que d'un voyage organisé de touristes japonais à la Nouvelle Orléans. Il s'agit d'une création originale et unique qui a son propre style et sa créativité puisée à cette source d'inspiration universelle qu'est le jazz. A quand Quasimode en tournée en France ?


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