Aux vues du succès remporté par mon post sur Quentin Mosimann (je remercie encore tous les "potesfan" pour les gentils messages), j'ouvre sur ce blog une rubrique "Jazzy Sunday". J'entends parler sur celle-ci des artistes qui ont déjà une notoriété bien établie sur le continent européen, mais aussi, d'artistes américains qui sont un peu moins connus, car mal distribués ou ne disposant pas vraiment d'un public ici, et que je connais par le biais de WNCU. Le premier d’entre-eux sera donc Earfood, le dernier album de Roy Hargrove.
Cela fait maintenant plusieurs années que Roy Hargrove a creusé son sillon. Il s'est fait vraiment remarquer en 1994 avec l'album With the Tenors of our Time (Verve Records). Roy fait parti des Young Lions, l'école de ces jeunes jazzmen qui a vu le jour dans les années 80, dans la foulée de la renaissance du Neo-Bop initiée par Wynton et Brandford Marsalis. Surdoué de la trompette, le petit homme par la taille a déjà à son actif une grande discographie (pas moins de 16 albums personnels) et a enregistré avec tous les grands. Dernièrement, on sentait que Roy se cherchait un style et avait un petit côté touche à tout. En effet, en 2003, il créé un groupe de jazz-funk, le RH Factor, ce qui lui vaudra pas mal de critique de la part des puristes. Chechant à se faire pardonner, en 2006, il enregistre Nothing Serious, un double album où il cherche à mettre tout le monde d'accord avec un disque de reprises classiques d'un côté et des créations funkies de l'autre. Earfood, son tout dernier disque, ne s'embête plus de ces précautions. Le trompétiste a réuni ici son quintet et ambitionne de "donner du plaisir à l'auditeur". Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il a plutôt bien réussi son alchimie. Un peu comme si un grand cuisinier réussissait à vous composer un plat aussi simple à consommer que de la "junk food" et aussi sophistiqué que de la cuisine de grand chef. Chaque morceau, opère à lui seul une savante alchimie entre le glamour du mainstream et la modernité du son d'aujourd'hui. Plus besoin de séquences électroniques pour danser, le rythme binaire de Strasbourg Saint-Denis vous propulse sur la piste sans plus de fioritures à la RH Factor. Plus besoin d'aller puiser dans le Real book pour réviser ses classiques, le morceau Starmaker, n'a rien à envier aux compositions d'un Cole Porter. The Stinger et Style, nous rappellent, quant à eux, l'ambiance "autrichienne" du Nothing Serious. A noter encore les excellents To Wisdom The Prize, Red, Bring it home to me, et surtout la reprise exceptionnelle de Speak Low. Roy Hargrove et son Earfood, c'est un peu comme Jean-François Piège vous servant des frites au Crion. Un album capable de donner du plaisir au plus grand nombre sans rien céder au savoir-faire et à la complexité de la tradition. On sort rassasié, mais tout de suite, on en redemande.


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